
Regard croisé des trois championnes : Manon Bohard, Marion Delespierre et Sabine Ehrström
Regard croisé des trois championnes : Manon Bohard, Marion Delespierre et Sabine Ehrström
Artwork disponibleMarion Delespierre
que rien n'existe en fait quand vous êtes en montagne et sur une course, notamment les courses longues, ultra.
Manon Bohard
Ça permet aussi des fois de poser les choses, de poser un peu un calme, ou justement de se challenger et se motiver.
Sabine Ehrström
J'aime vraiment courir,
Manon Bohard
tout ce que ça implique, être dehors et la sensation de liberté que ça apporte. Moi je suis quand même très portée sur le confort en trail. Voilà on a les jambes qui gonflent, on a un petit peu mal au ventre, on a eu froid, eu chaud et du coup c'est pas toujours confortable, on doit toujours avoir des vêtements assez amples au final.
Marion Delespierre
Et bien j'ai découvert un peu sur le tard la culotte mensuelle et franchement ça peut vraiment dépanner de l'avoir dans son sac. J'ai déjà eu des débuts de course. des matins de course où tu te réveilles avant d'aller prendre ton petit-déj et bam, tu as tes cycles juste ce jour-là. Et ce n'est quand même pas toujours évident à gérer sur un jour de départ, surtout sur un objectif important.
Sabine Ehrström
Je dirais de bien choisir sa brassière, une brassière sans couture, parce que notamment quand les beaux jours arrivent et qu'il fait chaud, avec les frottements du sac, ça peut être très inconfortable.
Marion Delespierre
C'est le bazar. Non, mais c'est très intense. Surtout depuis que j'ai mon petit garçon. Il n'y a plus trop de temps mort. Vraiment, tout est programmé. Ça peut paraître très agenda et tout, mais j'ai besoin de ça pour que tout rentre.
Manon Bohard
J'ai la chance d'avoir un mari qui est aussi passionné par le sport, qui a aussi ses à-côtés. ses moments à lui, donc on s'organise par rapport à ça. Et puis j'ai une famille aussi qui me soutient, c'est le ni trop ni trop peu, mais qui comprend aussi ce que je fais, qui me soutient et qui m'accompagne dans mes projets. Je dirais que c'est de placer dans l'agenda et de se dire que sauf urgence, ça fait partie de la journée.
Sabine Ehrström
Je trouve que le corps est capable de s'adapter et de faire des choses extraordinaires si on lui laisse le temps. C'est un peu bateau, mais c'est vrai. C'est vrai.
Marion Delespierre
J'ai été quand même pas mal blessée quand j'ai démarré la course à pied parce que je ne faisais pas du tout de sport d'impact avant, je viens de la natation. Le fait que mon corps se soit adapté au fur et à mesure des années à me préserver un peu des blessures, des choses que j'ai pu connaître vraiment au tout début où je me suis mise à courir, j'ai trouvé ça quand même plutôt dingue. L'évolution au niveau musculaire aussi, je n'ai pas la même carreur que quand je nageais.
Manon Bohard
Parce que des fois, à dix fois, on a un inconfort, à dix fois, on pense arrêter, à dix fois... On a le sentiment d'être en échec avec soi-même et au final juste se questionner de pourquoi on est là. C'est hyper important de questionner nos leitmotivs au fur et à mesure de la préparation comme au fur et à mesure de la course. J'apprends toujours, ce n'est pas évident. Il y a des signaux un petit peu corporels. Quand on est diététicien, on approche aussi beaucoup la gestion des émotions, la gestion du comportement, la gestion des sensations alimentaires. Et aussi, questionner un petit peu des fois ses croyances à soi pour pouvoir améliorer, notamment moi, la gestion nutritionnelle à l'effort.
Marion Delespierre
Toutes les recherches que j'ai pu faire pour accompagner au mieux mes patientes aussi, ça m'a permis aussi, moi, d'encore mieux me connaître, connaître comment fonctionnent mes hormones, mon cycle. Ce fonctionnement global, pour moi, il est indispensable pour préserver sa santé. C'est tout un apprentissage très long. J'ai eu quand même des grosses blessures.
Sabine Ehrström
qui m'ont aussi appris le repos total forcé et de se rendre compte que justement, le retour est long, mais le retour est possible à chaque fois. Donc, c'est accepter finalement les limites de son corps et puis de se rendre compte au fur et à mesure que quand on s'écoute, en fait, au lieu de foncer droit dans le mur, ça marche mieux. Donc, c'est de l'expérience plutôt.
Marion Delespierre
Ah bah oui, je me le suis dit par exemple quand j'étais enceinte. Typiquement, pendant la grossesse, au début, je me trouvais vraiment en forme et tout. Et je me suis dit, bon bah, je peux continuer comme avant. Et en fait, non, on se rend compte qu'il y a des adaptations à avoir.
Sabine Ehrström
Bah c'est ça, ouais, des périodes de blessures ou de toute façon, fractures de la rotule ou fractures de vertèbres où on n'a pas le droit de faire du sport. Donc il faut prendre son mal en patience.
Manon Bohard
J'ai conscience que c'est peut-être pas le sport le plus santé, en tout cas. Notamment chez les femmes où on est quand même... plus sensible au niveau des déficits énergétiques, sur le plan hormonal, mais aussi sur le plan carentiel, plus que l'homme. Je pense aussi à ma vie de femme, tous les points qu'à ma vie d'athlète, tout au long de ma vie professionnelle, et j'essaie que l'un ne prenne pas sur l'autre. Ose ! Voilà, ose, laisse-toi la possibilité de tester, laisse-toi la possibilité d'aimer.
Marion Delespierre
Vraiment, j'insiste là-dessus, de s'entourer médecin, coach, préparateur physique, kiné, c'est une discipline tellement accessible, mais tellement exigeante, qu'il ne faut pas la négliger.
Sabine Ehrström
De ne pas se dénigrer, ni se comparer, et qu'on n'est pas obligé de faire toujours plus long. Si on a envie d'aller vers le long, on n'est pas obligé d'y aller du jour au lendemain. et de ne pas trop se comparer aux autres parce que souvent les gens racontent ce qu'ils font d'extraordinaire et beaucoup moins quand ils ont des soucis donc c'est vrai qu'on se compare toujours aux périodes hautes des autres alors que tout le monde a des périodes hautes et des périodes plus basses.
Dans cette capsule finale, Manon Bohard, Marion Delespierre et Sabine Ehrström partagent leur regard croisé sur leur expérience d’ultra-traileuses : écouter son corps, déconstruire certaines croyances, concilier performance et santé, et durer dans l’endurance.
Un échange inspirant entre trois championnes et expertes qui vivent l’ultra-trail à la fois comme sportives et scientifiques.
Cet épisode est une capsule du projet Trail au Féminin, porté par RunMotion Coach, coach officiel de l’UTMB World Series, pour mieux comprendre les spécificités du corps féminin en trail et en ultra-endurance.
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